Klonaris/Thomadaki
Quasar

Edmond Couchot


Klonaris/Thomadaki dans Quasar
 
Pulsar et Quasar sont deux œuvres inspirées par des découvertes récentes de l’astrophysique. Elles ne donnent cependant aucune réponse scientifique, elles ne transmettent aucun savoir sur l’univers, mais elles interrogent l’énigme de sa naissance (Pulsar) et de sa mort (Quasar). Elles nous font intimement et corporellement participer à ces événements que nul n’a jamais connus et ne connaîtra jamais.
Tandis que l’espace de Pulsar est centrifuge et explosif, l’espace de Quasar est centripète et implosif. L’image s’effondre perpétuellement sur elle-même, implose en son centre souvent occupé par la figure obsédante de l’iris - ce qui fait songer, quand on se souvient qu’iris signifie en grec arc-en-ciel. La vue serait-elle un arc-en-ciel déployé au-dessus du monde, la paix après la pluie? Paradoxalement, cette implosion qui condense l’espace semble en même temps l’expanser. Car, il y a une ambiguïté dans Quasar, on ne sait pas s’il s’agit du commencement ou de la fin de l’univers, ou des deux en même temps.

Ce qui est sûr, c’est que les forces qui animent l’image s’exercent au niveau le plus élémentaire de la matière et de l’énergie. Le traitement de l’image est granulaire. La lumière émane de myriades de particules en mouvement que seule une palette numérique peut produire (mais que peu d’artistes savent maîtriser). Les formes ne sont ni abstraites, ni figuratives - même celles qui évoquent les visages ou la hiératique présence de l’Ange. Elles donnent une visibilité à l’énergie. Si l’astrophysique parle de l’“ énergie du vide ” mais en des termes mathématiques inaccessibles pour le non initié, cette expression prend soudain un sens clair devant les images de Quasar. Sans cesse, l’écran se vide plutôt qu’il se remplit, expulse l’image, l’anéantit, et ce faisant l’engendre - Phénix à l’œuvre.

De même que, en astrophysique l’espace est inextricablement lié au temps, l’espace et le temps dans Quasar ne font qu’un. Et c’est une troublante et forte expérience temporelle que nous offrent les 30 minutes du film. En contrepoint de la musique, musique sonore, elle, et très réussie, court une autre musique, visuelle celle-ci, élaborée avec un soin savant, structurant complètement, et comme par dessous, l’enchaînement des événements. On ne cherchera pas à y retrouver l’harmonie des sphères célestes pythagoriciennes, on se laissera plutôt posséder par son rythme, ses syncopes, ses pulsations, ses déchirements, son vertige. On se laissera conduire vers l’Ange, aux limites de la perception, entre la transe et le ravissement.
Edmond Couchot 2003


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Photos: copyright Maria Klonaris/Katerina Thomadaki. 
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